Cuba : l’hymne joué sous le nez d’un colonel espagnol

Chaque 20 octobre, la Journée de la culture cubaine rappelle le jour de 1868 où Bayamo a chanté La Bayamesa, futur hymne national. Derrière ce chant se cachent un colonel méfiant, un cheval légendaire et une ville incendiée par ses propres habitants.

Par l’équipe Altaïr · 08/10/2026

Un éclair zèbre un ciel violet au-dessus d'une rue mouillée bordée de façades anciennes décrépies, où passent quelques habitants et un vélo-taxi rouge à la tombée de la nuit — image du film « Cuba — Hasta siempre » de Nicolas Pellissier.
Médiathèque Altaïr Live — film Cuba, Hasta siempre.

Le 11 juin 1868, dans l’Église majeure de Bayamo, on célèbre le Te Deum de la Fête-Dieu. Dans l’assistance : le gouverneur militaire espagnol, le colonel Julián Udaeta. L’orchestre attaque un air inédit… et le colonel tique. Ce n’est pas une marche religieuse. C’est un chant guerrier. Il vient d’entendre, sans paroles, le futur hymne national de Cuba. Le soir même, il convoque le chef de la formation, Manuel Muñoz Cedeño.

Une Marseillaise en contrebande

L’auteur ? Pedro « Perucho » Figueredo, avocat né à Bayamo en 1818, qui signe la musique et les paroles. La musique naît la nuit du 13 au 14 août 1867, chez lui, après une réunion du comité révolutionnaire. Ses compagnons voulaient « notre Marseillaise ». Commande livrée. Les paroles, il les garde au chaud : quand on conspire, la prudence est une vertu.

Le cheval qui n’a peut-être rien écrit

Le 20 octobre 1868, dix jours après le début de la guerre d’indépendance lancée par Carlos Manuel de Céspedes, ses troupes prennent Bayamo. La foule chante enfin La Bayamesa, paroles comprises. La légende veut que Figueredo les ait écrites sur son cheval, Pajarito, une jambe croisée sur la selle. Charmant. Mais aucun document ne le prouve : il les aurait plutôt notées sur la place Isabel II, à partir de strophes préparées d’avance. Peu importe pour le décret de 1980 qui crée la Journée de la culture cubaine, signé notamment par Fidel Castro : il célèbre l’« ardent coursier ». Pajarito est entré dans un texte officiel. Joli parcours, pour un cheval.

La suite est moins légère. Le 12 janvier 1869, les habitants incendient eux-mêmes Bayamo plutôt que de la laisser intacte aux Espagnols ; les partitions originales brûlent, et Figueredo les réécrit pour voix et piano. Fusillé à Santiago de Cuba le 17 août 1870, il aurait crié un vers de son hymne : « Mourir pour la patrie, c’est vivre ». Le chant ne deviendra hymne national qu’après 1898. L’endroit où la foule l’entonna s’appelle aujourd’hui la place de l’Hymne national.

Pour sentir battre ce cœur cubain qui chante depuis 1868, venez découvrir en ciné-conférence « Cuba — Hasta siempre » de Nicolas Pellissier.

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Rédigé avec assistance IA, relu et validé par Charlotte Euchin, Olivier Bourguet.