Le siku, la flûte qui refuse de jouer seule

Le siku, flûte de Pan des Andes, répartit ses notes sur deux rangées de tubes : traditionnellement, il faut deux musiciens pour jouer une mélodie. Du roseau du « sourcil de la forêt » au son stéréophonique des grands groupes, portrait d'un instrument né pour dialoguer.

Par l’équipe Altaïr · 07/10/2026

Deux musiciens âgés coiffés de casquettes jouent de la flûte de Pan aux tubes colorés devant un mur de tôle rouge, en plein soleil — image du film « Bolivie — Cultures et Traditions » de Bernard Bruel.
Médiathèque Altaïr Live — film Bolivie, Cultures et Traditions.

Un musicien spécialiste des flûtes, une Bolivie entière à traverser, et pour boussole la musique des communautés indiennes. Bernard Bruel suit les mélodies comme d'autres suivent une carte. En ciné-conférence, on embarque avec lui, oreilles grandes ouvertes.

Une flûte pour deux

Le siku, la flûte de Pan des Andes, a un sacré caractère : il refuse de jouer seul. Ses tubes sont répartis en deux rangées, et pour enchaîner une gamme complète, il faut changer de rangée à chaque note. Traditionnellement, on était donc deux : chacun sa rangée, chacun sa moitié de mélodie. La musique naît du dialogue. Un duo, ou rien.

Les deux moitiés ont même un nom : l'ira et l'arka. Sur le plan spirituel, l'ira incarne le principe masculin, l'arka le principe féminin. Le modèle le plus répandu, le siku ch'alla, compte 13 tubes : 6 pour l'ira, 7 pour l'arka, accordés en mi mineur / sol majeur.

Et quand tout un groupe se partage en deux camps, les uns à l'ira, les autres à l'arka ? On obtient ce son « stéréophonique » si typique de la musique andine. La stéréo, sans câble ni enceinte.

Un roseau, une langue, un sourcil

« Siku » vient de l'aymara *siktasiña*, « tube qui donne du son ». En quechua, on dit antara ; en espagnol, zampoña. On le croise dans toute la cordillère, mais il est surtout chez lui autour du lac Titicaca, en pays aymara, où il mène tout un genre musical : le sikuri.

Sa matière ? Un roseau, le chuki ou chajlla, qui pousse dans la « ceja de la selva », littéralement le « sourcil de la forêt ». Tenus par une ou deux lamelles de roseau, les tubes forment un trapèze plat, comme un petit radeau. Le jeu a du mordant : chaque note claque d'un coup de langue, comme un « ta » ou un « cha » soufflé.

Il a aussi des cousins : le tabla siku, rectangulaire, aux tubes tous de même longueur, dont des bouchons intérieurs règlent les notes ; et des versions modernes chromatiques à trois rangées, disposées un peu comme les boutons d'un accordéon.

Pour entendre ces dialogues de roseau là où ils sont nés, rendez-vous en ciné-conférence avec « Bolivie — Cultures et Traditions » de Bernard Bruel.

Découvrir le film et les séances →

Rédigé avec assistance IA, relu et validé par Olivier Bourguet, Charlotte Euchin.